📌 Revue de la saga « La Passe-Miroir »

J’ai lu l’intĂ©gralitĂ© (les quatre tomes) de la saga La Passe-Miroir en une semaine, et je crois que c’est la premiĂšre sĂ©rie littĂ©raire depuis des annĂ©es que je lis. À l’heure oĂč j’Ă©cris ces mots (le 31 mai 2020), j’ai fini le livre 4 depuis quelques heures.

Nous sommes dĂ©but aoĂ»t 2020, et j’ai eu le temps de prendre du recul sur ma lecture. Je vais commencer par prĂ©senter la saga, et ensuite j’irais plus loin dans mes rĂ©flexions. Donc attention aux spoilers!

La Passe-Miroir est une sĂ©rie de quatre tomes, Ă©crite par Christelle Dabos, qui se dĂ©roule dans un univers oĂč la Terre a Ă©clatĂ© en plusieurs morceaux, oĂč chaque morceau, devenu une sorte d’Ăźle flottante, s’appelle un Arche. Sur chaque Arche rĂšgne une divinitĂ©, aussi appelĂ©e « Esprit de famille ». Il y a vingt-et-une arches majeures en tout. Les descendant-es des Esprits de famille ont des particularitĂ©s physiques et/ou des pouvoirs, capacitĂ©s spĂ©cifiques. Par exemple, une des Arches majeures sur laquelle se dĂ©roule les deux tiers du tome 1 et la totalitĂ© du tome 2 s’appelle le PĂŽle. L’Esprit de famille du PĂŽle est Farouk, dĂ©crit comme « grand », « d’une beautĂ© froide et inhumaine », « ayant des cheveux blancs et lisses », « la peau trĂšs pĂąle et les yeux clairs ». Ses descendant-es directs ont aussi la peau pĂąle et les cheveux blancs et lisses.

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Farouk, par Patricia Lyfong (https://patricialyfoung.tumblr.com/)

 

Les tomes, publiĂ©s entre 2013 et 2019, s’intitulent respectivement Les FiancĂ©s de l’hiver, Les Disparus du Clairdelune, La MĂ©moire de Babel et La TempĂȘte des Échos.

« Sous son Ă©charpe Ă©limĂ©e et ses lunettes de myope, OphĂ©lie cache des dons singuliers : elle peut lire le passĂ© des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance Ă  Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre Ă  la Citacielle, capitale flottante du PĂŽle. À quelle fin a-t-elle Ă©tĂ© choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa vĂ©ritable identitĂ© ? Sans le savoir, OphĂ©lie devient le jouet d’un complot mortel. »

RĂ©sumĂ© du tome 1, Les FiancĂ©s de l’Hiver, par babelio.com

Si dans un premier temps (sur les deux premiers tomes particuliĂšrement), j’ai Ă©tĂ© totalement captivĂ©e et emballĂ©e, les troisiĂšme et quatriĂšme tomes m’ont posĂ© problĂšme, l’autrice faisant preuve de racisme et de sexisme. Je pense que si j’Ă©tais intĂ©ressĂ©e par Les FiancĂ©s de l’Hiver et Les Disparus du Clairdelune, c’est parce qu’ils se passent dans des lieux fermĂ©s (le manoir dans LPM1 et le Clairdelune dans LPM2), avec, globalement, les mĂȘmes personnages. Je dĂ©taillerais ça au fur et Ă  mesure.

Je pense qu’il est important de savoir que j’adore lire, je lis trĂšs vite, beaucoup. Adolescente, j’ai dĂ©vorĂ© Ă©normĂ©ment de sĂ©ries littĂ©raires : Eragon, Tara Duncan, Oksa Pollock, Harry Potter, Percy Jackson, Hunger Games, Les Orphelins Baudelaire, Twilight, À la CroisĂ©e des Mondes, Le Monde de Narnia, La QuĂȘte d’Ewilan etc, bref, je pense avoir lu une majoritĂ© des sĂ©ries adolescentes connues. J’ai donc l’habitude des univers fantastiques et des jeunes hĂ©roĂŻnes. Ayant lu tous ces livres, et ayant des souvenirs prĂ©cis des univers, j’estime pouvoir dire sans grande prĂ©tention que pour que j’accroche Ă  une saga, il faut un univers innovant, des concepts nouveaux.

Comme je l’ai mentionnĂ© plus haut, cela faisait trĂšs longtemps que je n’avais pas lu de sĂ©rie littĂ©raire, ou de cycle littĂ©raire (par ailleurs je ne connais pas la diffĂ©rence entre les deux et Google n’ayant pas su me donner de rĂ©ponse satisfaisante, je suis dĂ©solĂ©e de ma probable mauvaise utilisation de ces termes). C’Ă©tait un rĂ©el plaisir que de me sentir happĂ©e, intriguĂ©e, intĂ©ressĂ©e, investie dans La Passe-Miroir.

J’ai beaucoup Ă  dire sur ces livres, et je vais commencer par ce qui m’a plu! Je vais rentrer dans les dĂ©tails Ă  partir de maintenant.

D’abord, cette lecture m’a rappelĂ© pourquoi j’aime lire, j’ai eu l’impression de retourner Ă  mes sources, parce que le plaisir de la lecture est quelque chose qui me dĂ©finit, et dont je tire de l’amour et de la fiertĂ©. J’ai une sorte de fascination pour la cour, et le tome 2, Les Disparus du Clairedelune, qui se passe dans un huis-clos (le Clairedelune, une propriĂ©tĂ© bourgeoise), m’a donnĂ© tout ce que j’aime: royautĂ©, complots, appartements. C’est mon tome prĂ©fĂ©rĂ© des quatre.

J’ai aussi adorĂ© le fantastique de cet univers, l’importance et la symbolique des miroirs, les Arches, j’ai aimĂ© l’idĂ©e des divinitĂ©s et les spĂ©cificitĂ©s des descendant-e-s, l’importance des mots et de la parole, les nombreux jeux de mots, j’ai aimĂ© les rĂ©fĂ©rences Ă  Dieu et au mystĂšre qui l’entourait (qui est iel ?) Par dessus tout, j’ai aimĂ© les rĂ©flexions mĂ©taphysiques que soulĂšvent les romans : qui est-je ? qui sommes nous ?  J’ai aussi aimĂ© le fait que Dabos dĂ©crive beaucoup, ce qui fait que les personnages et l’univers Ă©taient trĂšs clairs dans ma tĂȘte, et c’est quelque chose que j’ai beaucoup apprĂ©ciĂ©. J’avais l’impression d’ĂȘtre totalement immergĂ©e dans ce monde.

Mes personnages prĂ©fĂ©rĂ©s sont Roseline et Renard, pour leur loyautĂ©, pour leur dualitĂ©, pour l’amour qu’ils portent aux autres.

Pour finir, j’aime l’impression qu’il y a Ă©normĂ©ment de choses Ă  traiter et que j’en ai Ă  peine effleurĂ© la surface. Paradoxalement, c’est aussi quelque chose que je reproche aux livres parce que, justement, il y a tellement d’informations que cela peut ĂȘtre un peu difficile de se repĂ©rer parfois, et frustrant, souvent, de vouloir voir cet univers approfondi sans que cette requĂȘte ne soit satisfaite.

Concernant ce que je n’ai pas aimĂ©, cela va plus loin que des incohĂ©rences d’Ă©criture, je vais parler de passages racistes, de sexisme. Si, par facilitĂ© d’organisation et d’Ă©criture, je distingue ce que j’ai aimĂ© puis ce que je n’ai pas aimĂ©, je tiens Ă  prĂ©ciser que je ne pense pas qu’on puisse distinguer une oeuvre de façon aussi duale dans la vraie vie.

La Passe-Miroir est une saga oĂč la blanchitĂ© est omniprĂ©sente, et oĂč l’autrice est raciste, oĂč elle Ă©choue lamentablement son introduction Ă  des personnages qui ne sont pas blancs. Je vais citer prĂ©cisĂ©ment ce qu’elle a Ă©crit dans ce paragraphe, donc /!/ racisme (spĂ©cifiquement envers les personnes asiatiques et noires). On ne trouve de la diversitĂ© qu’Ă  partir du tome 3, lorsque OphĂ©lie se rend sur Babel, qui est dĂ©crite comme Ă©tant une « arche cosmopolite ». OphĂ©lie y fait la rencontre de deux personnages racisĂ©s: Octavio dĂ©crit comme ayant une « peau de bronze », ainsi qu’une femme asiatique qui s’appelle Zen et qui, en plus, est dĂ©crite Ă  plusieurs reprises comme Ă©tant une « poupĂ©e orientale ». Il y a aussi un autre personnage dont elle qualifie la peau de « chocolatĂ©e ». Je trouve que c’est inadmissible que Christelle Dabos Ă©crive des passages aussi racistes en toute sĂ©rĂ©nitĂ©, que l’Ă©diteur (Gallimard) n’ai pas rĂ©agi. Et encore, ayant lu la saga qu’une seule fois et n’ayant pas fait d’annotations, je sais que je n’ai pas tout relevĂ©. En faisant des recherches sur internet, j’ai trouvĂ© uniquement cette revue goodread qui relate prĂ©cisĂ©ment les passages racistes.

Ce qui m’a aussi sautĂ© aux yeux assez directement est la place des femmes. Si elles sont en majoritĂ© et sont des personnages principaux de la saga, elles sont cantonnĂ©es au rĂŽle du care. Christelle Dabos a dit que l’univers de La Passe-Miroir est une version parallĂšle du nĂŽtre, une forme de reflet. Dans ce cas, il reflĂšte bien le racisme, l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© et le patriarcat de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines. BĂ©rĂ©nilde, montrĂ©e comme puissante, influente, devient de plus en plus passive au fil de sa maternitĂ©, et ne cherche Ă  vivre que pour l’approbation de Farouk, l’esprit de famille du PĂŽle, futur pĂšre de son enfant. Roseline, la tante d’OphĂ©lie, endosse littĂ©ralement le rĂŽle de servante pendant toute la saga. Quant Ă  OphĂ©lie, si elle est dĂ©terminĂ©e et n’hĂ©site pas Ă  dĂ©sobĂ©ir, elle est mariĂ©e de force, cherche toujours Ă  plaire Ă  Thorn, Ă  ĂȘtre Ă  sa hauteur, lui court aprĂšs mĂȘme quand il ne lui explique rien, quand il lui ment, quand il lui fait mal physiquement. Ce n’est pas, me semble t-il, une volontĂ© de l’autrice que d’Ă©crire une relation abusive.

Ensuite, je n’ai pas aimĂ© la relation OphĂ©lie / Thorn, que je trouve vraiment malsaine. Si au dĂ©but je me disais qu’elle pouvait ĂȘtre potentiellement intĂ©ressante car conflits d’intĂ©rĂȘts, j’ai dĂ©testĂ© son Ă©volution, Thorn Ă©tant un clichĂ© du gars de fanfiction: le mec dur au coeur mou vs une femme qu’il perçoit comme fragile et vulnĂ©rable qu’il faut protĂ©ger : il lui dit « je suis possessif », « j’ai besoin que vous ayez besoin de moi » : ces comportements ne sont plus tolĂ©rables. Book and Chill, dans sa vidĂ©o revue de la saga dont je vous ai mis le lien Ă  la fin de cet article, dĂ©crit Thorn comme Ă©tant « un Christian Grey avec le scorbut », et je trouve ça trĂšs juste en plus d’ĂȘtre trĂšs drĂŽle. De plus, j’ai l’impression que la conversation la plus profonde, la plus sincĂšre et la plus vraie (et aussi la plus crĂ©dible) qu’ils aient eu reste celle dans le dirigeable du tome 1. J’ai gardĂ© de la suite de leurs interactions des souvenirs d’OphĂ©lie Ă©tant maladroite et Thorn lui dictant quoi faire et finissant toujours par ĂȘtre mĂ©content. En somme, heureusement que j’ai lu ces livres en Ă©tant adulte car je pense que si je les avais lus plus jeune, je me serais beaucoup plus concentrĂ©e sur l’histoire d’amour et je pense que je l’aurais totalement romantisĂ©e et qu’elle aurait renforcĂ©e ma vision de ce que doit ĂȘtre l’amour (hĂ©tĂ©rosexuel et abusif)

Pour finir, le rapport d’OphĂ©lie Ă  la maternitĂ© m’a gĂȘnĂ©e : elle ne dit jamais qu’elle veut des enfants, au contraire, elle dit dĂšs le dĂ©but trĂšs explicitement Ă  Thorn qu’elle refusera de « lui faire des enfants ». Cependant, dĂšs qu’elle apprend qu’elle est stĂ©rile, celui lui pose problĂšme. MĂȘme si le couple finit par tomber amoureux (beurk),ce qui peut expliquer son changement d’avis, j’ai trouvĂ© ce retournement de situation mal amenĂ© et presque malvenu, comme si l’accomplissement / la grandeur d’une femme ou d’un couple se trouvait forcĂ©ment dans l’enfantement.

Si je devais tirer une conclusion de tout ça, je dirais (j’Ă©crirais ! quel humour) que les passages relatĂ©s plus haut ont Ă©clipsĂ© l’engouement que j’avais au dĂ©but. Pour rajouter une petite comparaison acerbe: l’autrice a dit ĂȘtre inspirĂ©e par J.K Rowling et les Harry Potter, il n’Ă©tait pas nĂ©cessaire de reproduire son racisme ! Bref, Ă©videmment, il y a des bonnes choses dans cette saga, mais je n’irais pas plus loin aprĂšs ma lecture (pas de recherches d’interviews, de fanfictions ou que sais-je).

J’espĂšre que ce retour sur La Passe Miroir t’auras intĂ©ressĂ©-e, t’auras aidĂ© Ă  te faire ton propre avis, n’hĂ©site pas Ă  me faire des retours si tu es familiĂšr-e avec la sĂ©rie!

Je te laisse avec des ressources supplĂ©mentaires: d’abord, une vidĂ©o que j’ai trouvĂ© trĂšs pertinente, et que je considĂšre comme complĂ©mentaire Ă  mon article puisque Book and Chill fait part de critiques avec lesquelles je suis d’accord et que je n’ai pas ou peu abordĂ©es dans mon article pour ne pas faire redite, notamment sur la façon dont se comporte Thorn, le parallĂšle des romans avec la fanfiction etc.

Et enfin, pour celleux qui dĂ©sireraient une analyse approfondie, voici un article intĂ©ressant concernant le dernier tome (avec spoilers), qui propose des pistes de rĂ©flexions sur la caverne des deux derniers tomes, Dieu, Eulalie Dilleux, OphĂ©lie/OrphĂ©e etc : Pourquoi la tempĂȘte des Ă©chos est la meilleure fin possible Ă  la Passe-Miroir

À bientît!

AdĂšle

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